Victorine de Chastenay aimait le parfum du muguet...
Publié le 3 Mai 2026
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Le Muguet ou Lys des Vallées
une leçon de botanique de Victorine de Chastenay
Racontée par Jenry Camus
« Une odeur douce et suave m’appelle dans l’enfoncement des bois. De petites grappes blanches, attachées du même côté à un léger pédoncule, sont les cassolettes, d’où exhalent tant de parfums.
Je reconnais le Muguet, le Lys des Vallées, convallaria maialis. »
C’est le début d’une belle leçon de botanique où Victorine de Chastenay décrit
« des fleurs qui sont de petits grelots ou clochettes posées alternativement, attachées à de courts pédoncules, dont chacun a sa petite stipule sèche et blanchâtre ; elles sont placées de manière à retomber du même côté. La corolle, toute blanche, a six petits festons.
Au milieu règne un petit pistil d’ivoire, surmonté d’un stigmate pareil. Autour de lui, mais bien au-dessous de sa taille, se pressent six petites étamines, dont les anthères jaune-pâle sont plus longues que leurs filets.
Les feuilles du muguet croissent ordinairement par deux.
Composées presque uniquement de fibres longitudinales, elles s’étrécissent et se roulent à leur base, s’élargissent ensuite et se terminent en pointe.
Ce sont de beaux rubans de taffetas d’un vert doux. »
Une description scientifique et poétique trouvée dans la 45ème lettre adressée le 20 floréal An X (10 mai 1802) à son amie Fanny.
Victorine de Chastenay regroupera 127 lettres dans le Calendrier de Flore ou études de fleurs d’après nature.
Ce livre paraitra à la fin de l’année 1802 en trois tomes et connaitra un beau succès.
Bernardin de Saint-Pierre, l’auteur de Paul et Virginie, lui adressera une charmante lettre de félicitations.
L’intérêt à l’œuvre fut plus réservé de la part de Chaptal et des savants du Jardin des Plantes de Paris.
L’impératrice Joséphine, amie de Victorine, gardera toujours, en bonne place, le Calendrier de Flore dans sa bibliothèque du Château de la Malmaison.
Les lettres à Fanny étaient en réalité adressées à Pierre-François Réal, le grand amour de sa vie.
Cet avocat, marié et père de deux enfants, fut le défenseur du comte de Chastenay devant le tribunal révolutionnaire.
Sous le règne de Napoléon 1er, il devint comte d’Empire, préfet et vice-ministre de la police. Son bureau était toujours ouvert pour Victorine, avec laquelle il s’intéressait au sort des émigrés.
« Je lui devais tout et ma tendre et profonde amitié lui rendait tout ce qu’il est permis à mon cœur d’éprouver ».
Sous le Consulat, Victorine séjournait souvent à Essarois et Châtillon.
Réal, lui ayant dit s’intéresser à la botanique, Victorine lui écrivit 240 lettres avec une description détaillée de 400 plantes.
En 1802, Victorine reprendra les lettres, n’en gardera que les descriptions de fleurs et publiera le Calendrier de Flore en 127 lettres dédiées à son amie Fanny.
« Chaque fleur, comme une planète, dans le système du muguet, a peut-être aussi son atmosphère particulière. Une baie rouge, qui contient les semences, doit remplir chaque petite fleur, et perpétuer ainsi le charmant emblème de la candeur primitive et de ses innocents plaisirs.
Heureuses mille fois les jeunes familles qui peuvent laisser des fruits de leur printemps ! Qu’elles soient bénies ! et que, dans leur durée, elles jouissent de toute la félicité dont nous voyons l’aurore ! »
(Jenry Camus)