L'église de Lignerolles, un notule de Dominique Masson

Publié le 18 Juin 2026

Notule d’histoire

L’église de Lignerolles

Le dimanche 7 juin 2026, les habitants de Lignerolles ont fêté les 200 ans de leur église.

Figure 1 : l’église Saint Révérien de Lignerolles

Le nom de Lignerolles dériverait de Linariolae, diminutif de Linariae, qui désignerait un lieu où se cultivait le lin.                                                     

Le nom apparaît dans la chronique de saint Bénigne, écrite au premier quart du XI e siècle.

Selon celle-ci, saint Grégoire, 16e évêque de Langres (506-539 ; petit-fils de Grégoire de Tours), et fondateur de l’abbaye Saint Bénigne de Dijon aurait donné 13 villa à l’abbaye, dont Lignerolles (Linerolus ; in Linerolis-villa ecclesiam). 

Figure 2 : saint Révérien ; bâton  de procession, XIXe siècle

Cette église fut fondée sous le patronage de saint Révérien.

Ce saint, originaire d’Italie, fut envoyé  par le pape en Gaule comme missionnaire, avec un prêtre nommé Paul, et devint évêque d’Autun (c’est le seul saint dans le châtillonnais venant du diocèse d’Autun).

Ils auraient été décapités sur l’ordre de l’empereur Aurélien, en guerre contre cette région, avec une dizaine de compagnons, le premier juin 273.

Mais, à Lignerolles, il n’est jamais représenté comme céphalophore ( ce saint serait invoqué pour faire tomber la pluie).

Figure 3 : saint Révérien avec sa palme de martyr ; vitrail, XIXe siècle

À la fin du XIIe siècle, le seigneur de Lignerolles et son épouse donnèrent divers droits sur tout le finage de Lignerolles à l’abbaye de Longuay.

Peu à peu, l’abbaye va posséder tout le finage de Lignerolles et, en 1575, l’abbé en deviendra le seigneur.

Les abbés de Longuay sont restés seigneurs de Lignerolles jusqu’à la Révolution et y exploitaient une forge.                      

Avant 1789, Lignerolles était en Champagne, du bailliage de Chaumont et du diocèse de Langres.

L’église, d’abord succursale d’Aubepierre, avec Lesgoulles, fut érigée en paroisse en 1626, avec Lesgoulles pour succursale.

Figure 4 ; plan napoléonien ; 1825

On peut se faire une idée de l’ancienne église, construite probablement au XVIIe siècle, avec le plan napoléonien, dressé en 1825. C’était une église en croix latine, avec une construction à l’ouest ( sacristie ou chapelle).                                                                                                 

De cette ancienne église, proviennent plusieurs objets :                                                                  

- saint Roch et saint Joseph avec l’enfant Jésus ( saint Roch : 1651 ; saint Joseph : première moitié du XVIIIe siècle).                                                                                                              

– les deux autels latéraux ( XVIIIe siècle), avec l’Annonciation ( chapelle de la Vierge) et l’Adoration des Mages ( d’après un tableau de Rubens conservé au musée royal d’art ancien de Bruxelles).                                                                                                                              C’est au début du XVIIe siècle que l’on trouve les premiers curés dont les noms sont connus.  

 

Figure 7 : autel XVIIIe siècle avec rétable de l’Adoration des Mages

                                                         

Figure 8 ; autel XVIIIe siècle avec rétable de l’Annonciation

Mais cette église, au début du XIXe siècle, est déclarée en ruine, impossible à réparer; elle est extrêmement humide, car elle se trouve à 40 cm en contre-bas du terrain qui l’entoure ; le clocher, composé d’une tour et d’une flèche couverte en bardeaux et qui se trouve sur la nef, est aussi en ruine. 

Figure 9 : Lignerolles et sa forge ; cadastre napoléonien, 1825

Lignerolles, il y a une forge.

A la révolution, elle est rachetée le 9 juin 1791 par Jean Maître, natif de Cunfin (Aube) ; d’abord laboureur à Germaines, il se remaria, en 1794, avec Anne Mathieu, de Lignerolles (en 1791, il est déclaré marchand).

Il sera en particulier maire du village en 1799, puis en 1815 (il sera à l’origine d’une dynastie de maîtres de forges qui créèrent la compagnie des forges de Châtillon-Commentry).                                                      

 C’est sous son mandat que la municipalité va décider la construction d’une nouvelle église.

Le 17 mars 1825, un devis fut dressé par l’architecte châtillonnais Simon Tridon, montant à 16 118 F (déduction faite de 3 500 F. pour la valeur estimative d’anciens matériaux).

Le 17 septembre, le préfet prit un arrêté et, le 8 octobre, par devant le sous-préfet de Châtillon, il fut procédé à l’adjudication.

C’est Antoine Maitrot, de Recey-sur-Ource, qui emporta l’enchère, pour 15 890 F.

Tous les matériaux provenant de l’ancienne église, si leur forme et leur qualité le permettaient, devaient être employés dans la nouvelle construction ; sinon, les décombres provenant des démolitions devraient servir à combler et niveler le sol qui devra être surélevé de 60 centimètres au-dessus de l’ancien sol.

Figure 10 : différentes sortes de pierres utilisées lors de la reconstruction ( chœur)

Mais le maire, Jean Maitre, décéda le 17 janvier 1826.

Aussi, c’est sa veuve, née Jeanne Mathieu, qui posera la première pierre de la nouvelle église, bénite le 7 juin 1826, et sous l’administration du nouveau maire, Paul Isselin.

Figure 11 : pierre de pose, sur le contrefort à l’angle du pignon N-W de l’église

Le 24 février, madame Maitre avait proposé à la commune de lui céder des bâtiments, pour 2 000 F.

Vu la délibération du conseil municipal et la lettre du sous-préfet, le préfet, considérant que l’emplacement des bâtiments … est réellement indispensable pour donner à l’église les issues et les accès indispensables convenables ; que cet emplacement offert par la dame Maitre présente l’avantage de placer cet édifice entre plusieurs rues sans communication avec des habitations et de laisser une belle place devant l’entrée principale. Considérant que la dame Maitre cède à la commune pour 2 000 F. un objet qui est estimé le double…, autorisa cet achat.

Dès le 11 juillet 1824, la municipalité s’était adressée à un fondeur de cloches, Jean Baptiste Fort de Dijon, afin de faire fondre une cloche neuve de 450 kg, pour 2019, 80 francs (la réception fut faite le 5 juillet 1825).  Le Ier octobre 1825, elle commanda, pour 1500 F, une horloge à Laurent Blessing, horloger à Châtillon.                                                                             

La réception des travaux devait être faite pour le premier janvier 1827. Mais les travaux trainèrent et, de plus, en avril 1827, la municipalité demanda l’augmentation de l’église … en raison de de sa population … L’église sera augmentée de cinq mètres de longueur.

C’est que la population était, en 1821, de 247 habitants et, en 1831, de 306 habitants (le maximum démographique fut atteint en 1851, avec 316 habitants).

Le coût final de la construction fut de 22 496,62 F.

C’était une église à une nef (comme à Boudreville).

L’église orientée N-E, S-W, était composée, au N-E, d’un abside semi-circulaire et, au S-W, d’un clocher porche construit en façade et se terminant par une flèche octogonale en ardoises.

Figure 13 : plan d’alignement ; 1838

Cependant, les colonnes soutenant la voûte étaient en pierres gélives ; elles s’effritèrent et menacèrent ruine.

Le 30 juin 1850, le conseil réuni procéda à l’adjudication des travaux pour démolir la voûte et renforcer la charpente.

L’entrepreneur devra démolir la voûte entièrement ; il devra, préalablement à cette démolition, et pour éviter un nouvel affaissement  dans la charpente, placer à chaque ferme deux esseliers ou jambe de force qui relieront les arbalétriers aux blochets.

Ces pièces de bois formant moises seront reliées entre elles par deux boulons à écrous.

L’entrepreneur devra aussi, avant de démolir la voûte, couvrir en planche les allées et les bancs de la nef, l’appui de la communion, les autels, la chaire …

Il fera à ses frais un échafaudage en bois blanc … de manière à le transporter sur toute la surface de la nef, atteindre la voûte et démolir une à une, sans les casser, les briques formant cette voûte.

Ces briques, au fur et à mesure de la démolition, seront grattées pour enlever le plâtre dont elles sont recouvertes, puis posées sur l’échafaud en descendant avec précaution, pour être déposées sur un emplacement que désignera monsieur le maire.

Les travaux devaient être terminés pour le Ier septembre.

Figure 14 : la partie centrale de l’église, à trois nefs (avec poutre de gloire)

L’adjudication fut remportée par Nicolas Fort, scieur de long et charpentier, de Lignerolles, pour 300 F.

C’est l’architecte châtillonnais Henri Monniot qui avait été choisi pour établir le devis mais, au lieu d’une nef à un vaisseau, il prit le parti de faire trois vaisseaux, en faisant déborder les murs d’environ 90 cm de chaque côté par rapport à ceux du chœur et du clocher.  

Figure 15 : cadastre actuel

L’église fut de nouveau bénite le 10 février 1853 (mais, en 1859, la couverture était en mauvais état et le maire constatait des fêlures dans les assises des colonnes).  

Figure 16 : vue N-E sur l’abside de l’église

Bibliographie :

- abbé E.Bougaud et Joseph Garnier : chronique de l’abbaye de Saint Bénigne de Dijon ; suivi de la chronique de Saint Pierre de Bèze, d’après les textes originaux ;  Dijon ; 1875 (p. 16 et 161)

- archives diocésaines

- archives départementales de Côte d’Or : 2 O 347 ; 4 V 6

- Inventaire général des monuments et richesses artistiques de la France ; cantons de Montigny et Recey ; Dijon ; 1973

- H. Jobert : monographie de la commune de Lignerolles (1888) ; Les cahiers du Châtillonnais, n° 59 

Dominique Masson

Rédigé par Christaldesaintmarc

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