kiki

Publié le 14 Avril 2008


Elle naquit en 1901, elle était pauvre comme on pouvait l'être à cette époque, c'est-à-dire sans l'espoir d'une aide «humanitaire» ou d'une charité de l'État. Elle a eu froid, elle a eu faim, sa mère ne l'aimait pas beaucoup. A quinze ans, elle s'engage comme bonne – elle dit «boniche» – chez un boulanger. Il faut être debout à 5 heures du matin pour préparer le petit-déjeuner des mitrons. Elle a des jambes maigres, elle est fluette, elle est sale, elle s'y reprend à trois fois pour perdre son pucelage. Avec tout cela une curiosité de la vie et une énergie extraordinaire.
Certaines personnes ayant un don ou une vocation semblent être tombées n'importe où sur la terre : il leur faut plusieurs années pour arriver à l'endroit que le destin avait choisi pour elles. La petite Alice Ernestine Prin, connue aujourd'hui sous le nom de Kiki de Montparnasse, fait partie de ces voyageurs sans le vouloir.
Grâce à ses copines, au quartier qu'elle habite, aux petits métiers qu'elle fait, elle se retrouve un jour à Montparnasse, qui était le coin de terre que lui avaient réservé les dieux. Bientôt, elle ne va plus s'appeler Alice mais Kiki, et ce surnom deviendra célèbre. En 1928, c'est une jolie jeune femme. Son récit est captivant : on dirait Mimi racontant La Vie de bohème. Et elle la raconte d'autant mieux que son style est tout simple, tout nu, presque élémentaire. Cette vie-là est aussi rude que celle décrite par Murger et Puccini.
A sa façon, Kiki est une sorte de muse pour les rapins qui l'entourent. Elle les décrit à peine mais on les voit beaucoup, avec leurs violences, leurs gaietés, leur goût des boissons fortes, leur existence aussi, à la fois créatrice et désordonnée. Puis les années passent et l'on apprend le nom des rapins : ils s'appellent tout simplement Modigliani, Pascin, Soutine, Kiesling, etc. Les cafés : Le Dôme, La Coupole, La Rotonde, Le Jockey tournent au musée.
Montparnasse devient le plus haut lieu de l'art et Kiki en est la reine. Cela fait beaucoup de chemin depuis le boulanger. Ce chemin-là a été assez vite parcouru en somme puisqu'il n'a fallu qu'une douzaine d'années à la pauvre souris étique pour devenir une jolie femme célèbre, une vraie figure parisienne. Elle publie ses souvenirs en 1928. L'édition américaine est préfacée par Hemingway. Il paraît que c'est la seule préface qu'il ait jamais écrite.
Il y aura eu quelques femmes de génie en France au début du XXesiècle. En lisant les souvenirs de Kiki, on ne peut s'empêcher de penser à deux d'entre elles : l'une est Marguerite Audoux, pauvre couturière, qui, avec Marie-Claire, écrivit un roman dépeignant les petites gens et les petites ouvrières d'autrefois avec une vérité et une sensibilité uniques dans la littérature française. L'autre est Suzanne Valadon, qui était modèle comme Kiki. En se bornant à poser et à observer le travail des peintres qui l'employaient, elle devint elle-même un des grands artistes de son temps, aussi savante et originale, sinon davantage, que ses inspirateurs.
Kiki, dans son genre, me semble mériter d'être comptée parmi les animatrices de Paris. Elle a été au centre même du dernier grand mouvement artistique de notre époque et point indigne d'y être.

Jean Dutourd, Le Figaro Littéraire, Jeudi 7 avril 2005.

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Rédigé par Christaldesaintmarc

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Publié le 14 Avril 2008


L’austère éditeur José Corti sort un très rigolo et émouvant inédit : Souvenirs retrouvés, de Kiki de Montparnasse. Hemingway avait préfacé une édition expurgée de 1927. Celle-ci, plus corsée, date de 1938. La misère de son enfance et d’années de bohème était terrifiante, mais il y a un personnage sublime, c’est le patron de La Rotonde, qui se laissait piller par les Montparnos, non seulement du pain et du saucisson, mais aussi des chaises et des tables. Kiki posait nue, mais elle prétend être restée vierge longtemps : ses portraits par Man Ray sont magnifiques ; hélas, avec les années et la drogue, elle est devenue une grosse dondon ridicule : il y a plein d’illustrations fascinantes. L’écriture est d’une totale naïveté, avec des points d’exclamation à chaque phrase, mais que c’est reposant: aujourd’hui, un nègre aurait rewrité ça dans la convention journalistique. Une fois élue « Reine de Montparnasse », Kiki devient une sorte de Régine, et les souvenirs sont plus banals : elle les dicte à son amant, agent du fisc le jour, son accordéoniste la nuit. Elle mourra à 52 ans, en 1953. J’ignore s’il existe des disques d’elle.
Lisez-la: vous n’oublierez pas la gamine qui couchait sous les ponts ou dans les mansardes glacées de ses amis peintres.

Charlie-Hebdo

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Rédigé par Christaldesaintmarc

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Publié le 14 Avril 2008


Kiki de Montparnasse fut un des soleils de l'âge d'or de Montparnasse.
Menant vie de bohème, entre le Dôme et la Coupole, elle a côtoyé de nombreux artistes, posé pour certains peintres. Ils avaient pour noms Soutine, Utrillo, Kisling, Foujita, Modigliani, Derain, Desnos et autres surréalistes.
Kiki a peint, chanté, conciliant vie précaire et vie de fête, ne redoutant pas les excès de l'alcool et les voies de la drogue.
Voici ses souvenirs qui glissent, des temps de l'enfance à la découverte de Paris. Un livre, écrit en 1939, qui se clôt en 1932 : des souvenirs écrits au fil de la plume, avec la gouaille qui était la sienne.
C'est un document de première main, indispensable pour qui voudrait mieux connaître cette époque, un livre d'un drôle d'oiseau de nuit dont le cœur tendre semble battre à chaque page. Un beau livre que les nombreuses illustrations rendent plus précieux encore – des documents intimes aux superbes photos de Man Ray. Un livre qui fait revivre le passé et croire en l'avenir.

Pierre Hild, Page, avril 2005

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Rédigé par Christaldesaintmarc

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Publié le 14 Avril 2008


Elle est née Alice Prin en 1901, « la tête dans le ruisseau », autrement dit chez les pauvres. Elle deviendra vite Kiki, égérie du Tout-Paris artistico-intellectuel, et « reine de Montparnasse » en 1929.
C'est l'année où paraissent ses Souvenirs, préfacés par Hemingway. Mais la censure américaine ne supporte pas ces confidences encanaillées et en fera un livre maudit. Or la version définitive qu'écrit Kiki neuf ans plus tard, qui se révèle autrement plus leste, est restée introuvable pendant soixante-cinq ans. Voilà enfin publié le récit jubilatoire de cette « délurée » partie de rien mais dont la personnalité et la beauté séduiront Man Ray, Modigliani, Picasso, Prévert, Desnos, et autres « grands gamins crédules » de surréalistes. Un témoignage culotté d'une gouaille magnifique.

France Soir, 14 avril 2005

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Rédigé par Christaldesaintmarc

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