Publié le 14 Avril 2008


L’austère éditeur José Corti sort un très rigolo et émouvant inédit : Souvenirs retrouvés, de Kiki de Montparnasse. Hemingway avait préfacé une édition expurgée de 1927. Celle-ci, plus corsée, date de 1938. La misère de son enfance et d’années de bohème était terrifiante, mais il y a un personnage sublime, c’est le patron de La Rotonde, qui se laissait piller par les Montparnos, non seulement du pain et du saucisson, mais aussi des chaises et des tables. Kiki posait nue, mais elle prétend être restée vierge longtemps : ses portraits par Man Ray sont magnifiques ; hélas, avec les années et la drogue, elle est devenue une grosse dondon ridicule : il y a plein d’illustrations fascinantes. L’écriture est d’une totale naïveté, avec des points d’exclamation à chaque phrase, mais que c’est reposant: aujourd’hui, un nègre aurait rewrité ça dans la convention journalistique. Une fois élue « Reine de Montparnasse », Kiki devient une sorte de Régine, et les souvenirs sont plus banals : elle les dicte à son amant, agent du fisc le jour, son accordéoniste la nuit. Elle mourra à 52 ans, en 1953. J’ignore s’il existe des disques d’elle.
Lisez-la: vous n’oublierez pas la gamine qui couchait sous les ponts ou dans les mansardes glacées de ses amis peintres.

Charlie-Hebdo

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Rédigé par Christaldesaintmarc

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Publié le 14 Avril 2008


Elle naquit en 1901, elle était pauvre comme on pouvait l'être à cette époque, c'est-à-dire sans l'espoir d'une aide «humanitaire» ou d'une charité de l'État. Elle a eu froid, elle a eu faim, sa mère ne l'aimait pas beaucoup. A quinze ans, elle s'engage comme bonne – elle dit «boniche» – chez un boulanger. Il faut être debout à 5 heures du matin pour préparer le petit-déjeuner des mitrons. Elle a des jambes maigres, elle est fluette, elle est sale, elle s'y reprend à trois fois pour perdre son pucelage. Avec tout cela une curiosité de la vie et une énergie extraordinaire.
Certaines personnes ayant un don ou une vocation semblent être tombées n'importe où sur la terre : il leur faut plusieurs années pour arriver à l'endroit que le destin avait choisi pour elles. La petite Alice Ernestine Prin, connue aujourd'hui sous le nom de Kiki de Montparnasse, fait partie de ces voyageurs sans le vouloir.
Grâce à ses copines, au quartier qu'elle habite, aux petits métiers qu'elle fait, elle se retrouve un jour à Montparnasse, qui était le coin de terre que lui avaient réservé les dieux. Bientôt, elle ne va plus s'appeler Alice mais Kiki, et ce surnom deviendra célèbre. En 1928, c'est une jolie jeune femme. Son récit est captivant : on dirait Mimi racontant La Vie de bohème. Et elle la raconte d'autant mieux que son style est tout simple, tout nu, presque élémentaire. Cette vie-là est aussi rude que celle décrite par Murger et Puccini.
A sa façon, Kiki est une sorte de muse pour les rapins qui l'entourent. Elle les décrit à peine mais on les voit beaucoup, avec leurs violences, leurs gaietés, leur goût des boissons fortes, leur existence aussi, à la fois créatrice et désordonnée. Puis les années passent et l'on apprend le nom des rapins : ils s'appellent tout simplement Modigliani, Pascin, Soutine, Kiesling, etc. Les cafés : Le Dôme, La Coupole, La Rotonde, Le Jockey tournent au musée.
Montparnasse devient le plus haut lieu de l'art et Kiki en est la reine. Cela fait beaucoup de chemin depuis le boulanger. Ce chemin-là a été assez vite parcouru en somme puisqu'il n'a fallu qu'une douzaine d'années à la pauvre souris étique pour devenir une jolie femme célèbre, une vraie figure parisienne. Elle publie ses souvenirs en 1928. L'édition américaine est préfacée par Hemingway. Il paraît que c'est la seule préface qu'il ait jamais écrite.
Il y aura eu quelques femmes de génie en France au début du XXesiècle. En lisant les souvenirs de Kiki, on ne peut s'empêcher de penser à deux d'entre elles : l'une est Marguerite Audoux, pauvre couturière, qui, avec Marie-Claire, écrivit un roman dépeignant les petites gens et les petites ouvrières d'autrefois avec une vérité et une sensibilité uniques dans la littérature française. L'autre est Suzanne Valadon, qui était modèle comme Kiki. En se bornant à poser et à observer le travail des peintres qui l'employaient, elle devint elle-même un des grands artistes de son temps, aussi savante et originale, sinon davantage, que ses inspirateurs.
Kiki, dans son genre, me semble mériter d'être comptée parmi les animatrices de Paris. Elle a été au centre même du dernier grand mouvement artistique de notre époque et point indigne d'y être.

Jean Dutourd, Le Figaro Littéraire, Jeudi 7 avril 2005.

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Rédigé par Christaldesaintmarc

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Publié le 14 Avril 2008


Que dit la presse de la réédition des souvenirs de Kiki ???


Kiki, née Alice Prin, quasiment dans le ruisseau, écrivit une première partie de ses souvenirs, qui devaient paraître aux Etats-Unis en 1929, avec une préface de papa Hemingway (dont l'unique autre préface fut celle des Mémoires d'un barman du Dingo, rue Delambre !). Mais ces propos innocents furent censurés par les services de J. E. Hoover, dans la même charrette que l '« Ulysse » de Joyce.
Elle les compléta jusqu'en 1938, mais le manuscrit vient tout juste de reparaître. Elle y évoque sa naissance d'une mère de 18 ans, qui la fera venir à 12 ans à Paris, où elle travaille dans un atelier de brochage qui relie le Kama-Sutra : « Il me fallait bien ça à moi qui avais déjà le feu entre les jambes. » Elle parle de sa silhouette « à couper le vent », de son nez qui la fait surnommer « quart de brie », et pourtant, raconte-t-elle dans son inimitable style « nature », c'est fou comme elle resta vierge longtemps, même en vivant avec différents jeunes gens !
Un hiver où elle n'en peut plus de crécher sous le pont Edgar-Quinet, avec une copine elle va demander à Soutine de les loger pour la nuit. Soutine leur offre son lit, et brûle quelques meubles. Modèles et rapins squattent littéralement le café La Rotonde, où règne le débonnaire « papa Libion », à qui chacun vole quelque chose. Le jour où Modigliani vend sa première toile quelques centaines de francs, il invite tout le monde pour tout claquer dans une fête. « Papa » Libion vient aussi, mais, apercevant une bonne partie de la vaisselle de La Rotonde, et même un guéridon, il s'en va… pour revenir avec des bouteilles. Modi mangeait d'une main, dessinait de l'autre, jurait en même temps contre ses trois maîtresses.
Tout en rinçant des bouteilles consignées chez Félix Potin, Kiki pose nue pour Foujita, dont la famille de samouraïs la fascine. Elle a l'impression qu'il la déshabille une deuxième fois : « Oh ! ce n'est'ien ! Toi, glin de beauté ligolo ! Moi pensé puce ! » Puis il s'approche de son sexe : « Melveilleux, toi pas avoil molpions ! » Cela ne pouvait pas passer aux Etats-Unis en 1929 !
Curieusement, les quelques lignes convenues sur Man Ray, dans le manuscrit publié en 29, ont disparu, remplacées avantageusement par des photographies sans commentaires (publiées dans l'ouvrage). De Desnos, elle garde le souvenir d'un type toujours en train de courir, comme s'il se dépêchait de vivre. « Te souviens-tu, vieux Robert, de cette chambre où tu logeais (avant de rencontrer Youki), si minuscule que tu devais te déshabiller sur le palier avant de te coucher ? »
Elle raconte l'ouverture de La Coupole, du cabaret de nuit le Jockey en 1921, dont elle décrit la faune et les folles nuits de façon irrésistible. À l'aube, elle va manger à Montmartre, autre village, avec des copines. « Si j'avais été un tout petit peu grue, qu'est-ce que je pouvais avoir ! » Chaque soir, devant le Jockey, l'attend une Hispano. Chaque fois, elle envoie une copine à sa place.
Puis Kiki chante et danse au Concert Mayol, engagée par Varna, elle expose chez Bernheim, elle grossit, tape un peu trop dans la coco, tandis que son amant devient fou et que sa mère meurt. Avant d'aller animer un cabaret à Saint-Tropez, Alice nous livre sa philosophie : « Ma mère est morte, mon fou aussi. Mais moi je vis ! Il faut que je vive ! » Elle vécut, jusqu'au 23 mars 1953, après avoir connu le grand amour avec un accordéoniste agent des contributions indirectes ! Kiki for ever !

Le Canard enchaîné, 30 mars 2005, Dominique Durand

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Rédigé par Christaldesaintmarc

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Publié le 14 Avril 2008

Extraits du livre qu’elle écrivit:« Souvenirs retrouvés » qui vient d’être réédité :



Ma naissance

Je suis née le 2 octobre 1901 dans un joli coin de la Bourgogne.
Ma mère avait dix-huit ans et son amant, mon père, dix-neuf ; elle était pauvre, il était riche ; beaux tous les deux.
Mon père fut obligé, plus tard, par ses père et mère, de faire un mariage de raison avec une fille de ferme qui avait du bien.
Quant à ma mère, elle cacha "sa faute" à son père jusqu'au dernier moment. Mon arrivée n'était pas désirée !
Quand je m'annonçai, ma mère était à quelques mètres de chez elle ; les douleurs l'ont forcée à s'asseoir au bord du trottoir.
J'avais déjà la tête dans le ruisseau, mais ma mère s'obstinait toujours à ne pas me laisser passer. Le cordon autour du cou, je commençais déjà à violacer quand le hasard a voulu que j'aie une chance pour moi.
Mon futur parrain qui venait aux nouvelles a vu le tableau ; il a engueulé ma mère et lui a dit :
"Marie, laisse-la donc passer, l'Alice."
"L'Alice, c'était moi !
Mon parrain a enlevé ma mère dans ses bras et l'a portée dans son lit.
Comme il était contrebandier d'alcool, il lui a foutu une de ces cuites ! Et moi, j'en ai profité, j'avais aussi mon pompon en arrivant.


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Rédigé par Christaldesaintmarc

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Publié le 14 Avril 2008


(Portrait par Correleau,le début de la fin….)

On venait de loin pour la voir et l'entendre, sa photo faisait la une des magazines, elle avait tout : argent, bijoux, fourrures, voitures.

Quand survint la Seconde Guerre mondiale, Kiki de Montparnasse vit la fin de sa gloire, puis la tragédie de la décrépitude. Elle bascula dans la misère, allant d'un café à l'autre, de table en table, pour faire les lignes de la main.

Alcoolique et droguée, elle mourut en 1953, emportant avec elle le souvenir d'une immense richesse et de la gloire passée de Montparnasse.

Seul Foujita, assista à son enterrement au cimetière de Thiais.




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Rédigé par Christaldesaintmarc

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Publié le 14 Avril 2008


(ombres sur le buste de Kiki dans le film de Man Ray :« Le retour à la raison »)


Elle apparait dans plusieurs films : Cette vieille canaille (1933), L'Étoile de mer (1928), Emak-Bakia (1926), La Galerie des monstres (1924), Ballet mécanique (1924), Le Retour à la raison (1923).


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Publié le 14 Avril 2008

Egérie du Tout-Paris dans les années 1920, Kiki fait partie de ces figures hautes en couleurs, qui ont marqué durablement la vie du quartier dans les années 20.

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Rédigé par Christaldesaintmarc

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Publié le 14 Avril 2008



(Kiki en odalisque par Man Ray)



La vie de Kiki est dès lors un parcours artistique, dont elle n'est pas simplement un outil voire une inspiratrice, mais véritablement l'une des actrices majeures. Car c'est autant sinon plus le caractère de Kiki que son corps, que les peintres, sculpteurs et photographe(s) saisissent au passage. On dit de ce genre de personnes qu'elles sont un roman à elles seules ; ici, Kiki incarne mieux que personne tout une époque artistique.

 

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Rédigé par Christaldesaintmarc

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Publié le 14 Avril 2008


En 1921 Kiki devient la compagne et le modèle préféré de Man Ray qui disait que son physique était de la tête aux pieds 'irréprochable'.

Il fit d'elle de nombreuses photographies dont la célèbre photo d'une femme assise dont le dos porte des ouvertures analogues à celles d'un violon qu'il intitula "le violon d'Ingres"....

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Rédigé par Christaldesaintmarc

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Publié le 14 Avril 2008



Alice, rebaptisée Aliki puis Kiki par l'autre "Kiki" de Montparnasse, Moïse Kisling, va successivement poser pour tous ces jeunes artistes à qui l'art moderne doit beaucoup d'œuvres majeures dans les années 20 et 30. Elle devient une véritable muse pour Man Ray, qui l'immortalise dans les photos en noir et blanc qui représentent encore aujourd'hui le mouvement Surréaliste.

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Rédigé par Christaldesaintmarc

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Publié le 14 Avril 2008


( Man Ray )

mais surtout, surtout, le photographe d'origine américaine Man Ray.


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Rédigé par Christaldesaintmarc

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Publié le 14 Avril 2008


(nu couché à la toile de Jouy par Fujita)

Elle rencontre aussi Fujita Tsuguharu, puis Henri-Pierre Roché, Tristan Tzara, Pablo Picasso, Robert Desnos, Jean Cocteau... et tant d'autres

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Publié le 14 Avril 2008


(Portrait par Gwozdecki)


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Rédigé par Christaldesaintmarc

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Publié le 14 Avril 2008



(Portrait par Mendjinsky)

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Rédigé par Christaldesaintmarc

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Publié le 14 Avril 2008


(portrait par Kisling)

Et dans son entourage, il y a Amedeo Modigliani, Moïse Kisling...

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Rédigé par Christaldesaintmarc

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